Dans la périphérie Nord du Parc National de Kahuzi-Biega (PNKB), une course contre la montre est engagée pour la survie du Gorille de Grauer (Gorilla beringei graueri) et du Chimpanzé. Face au braconnage transfrontalier et à la dégradation des habitats, l’ONG FODI a initié un programme ambitieux de suivi écologique participatif. En formant et en équipant 15 moniteurs forestiers issus directement des communautés locales, l’organisation prouve que la conservation de la faune sauvage n’est plus seulement l’affaire de l’État, mais un projet communautaire porté avec fierté par les résidents eux-mêmes.
Durant l’année 2020, ces patrouilleurs de la biodiversité ont réalisé un travail colossal. Pas moins de 88 sorties de suivi écologique ont été effectuées à travers les concessions de Bananzigha, Basengele, Banisamasi et Bafuna-Bakano. Les résultats scientifiques parlent d’eux-mêmes : 151 nids de gorilles ont été identifiés dans trois des concessions, et 385 nids de chimpanzés ont été localisés sur l’ensemble de la zone. Ces données de biomonitoring, minutieusement cartographiées à l’aide de technologies GPS et SIG perfectionnées par l’équipe technique de FODI, démontrent scientifiquement la haute valeur écologique des forêts gérées par les communautés.
Au-delà de la collecte de données, ces patrouilles communautaires mènent des actions directes de protection. En 2020, les équipes ont démantelé 420 pièges (334 collets en nylon et 128 collets métalliques) installés par des braconniers opportunistes dans les zones intégrales de conservation des concessions. Neuf campements illégaux de braconnage ont été identifiés, dont six ont été entièrement détruits. Ce travail de sécurisation protège non seulement les grands singes, mais aussi une multitude d’autres espèces répertoriées dans les CFCL, à l’instar du léopard, du pangolin géant, du porc-épic et du céphalophe à dos jaune.
Toutefois, la réussite à long terme de ce programme dépend d’une collaboration harmonieuse avec les institutions nationales. FODI s’efforce de faciliter le dialogue entre les communautés locales et l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN) pour gérer de manière concertée les gorilles en transhumance. L’un des enjeux majeurs identifiés est la création de couloirs écologiques sécurisés reliant les concessions de foresterie communautaire au Parc National de Kahuzi-Biega. En associant la science, la protection physique et la concertation institutionnelle, les communautés de Walikale dessinent une nouvelle voie pour la conservation de la nature en Afrique centrale.



